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Conclusion

    Le personnage de Champlain représente un acteur important dans la construction identitaire de la société québécoise. Mathieu d'Avignon (1) a constaté que les historiens du 19 ième siècle ont bien raconté l'oeuvre de Champlain, certains même avec un peu trop de zèle. Il n'est pas étonnant que les recherches archéologiques pour retrouver sa sépulture, suscitent autant  de passion et d'émotion. Les enjeux identitaires et la pratique de l'archéologie autour de Champlain,  font l’objet d’une étude par madame Sylvie Sagnes (2).

    En tentant compte de ces enjeux identitaires, signalons que certaines recherches entourant la localisation de la chapelle_Champlain ont provoqué des émotions patrimoniales tant chez  certains chercheurs que dans le grand public.  Ainsi Pierre-Louis Morin et Silvio Dumas ont imaginé respectivement un univers cartographique et archéologique, ignorant parfois plusieurs textes historiques connus. Ces hypothèses  ont été par la suite confrontées sur le terrain,  par la production d’un plan fort discutable d’une part et  d’autre part par une fouille archéologique hasardeuse.   De même, René Lévesque a stimulé les émotions patrimoniales du grand public et des médias, bien que sa démarche n’était pas reconnue par les milieux archéologiques et scientifiques. Paradoxalement, les recherches prometteuses et plus rationnelles de Georges Gauthier-Larouche (1988) et Carl Lavoie (1999) sont inconnues du grand public.   Bref, les enjeux identitaires et la science se confrontent dans le présent dossier, et cela malheureusement, au détriment de cette dernière. L’étude dirigée par Mme Francoise Niellon, constate cette dialectique  et l’exprime en ces termes :

«  … Il s’agissait plutôt de conceptions différentes de l’archéologie qui se manifestaient : l’immortalité d’un évènement pour les uns et l’absence de contenu scientifique pour les autres. » Et un peu plus loin  « Toute couverture médiatique devenait nationale. Le contenu scientifique  du projet était moins important dans l’esprit des média que l’aspect spectaculaire de la découverte. » (3)

 

    De plus, la recherche a été longtemps distraite et même retardée  par deux situations. D’abord, les études de Thomas O’Leary (1894) qui ont amené le chercheur René Lévesque,  en 1988,  à situer la chapelle_Champlain à l’ouest de la rue du Trésor.  Cette localisation ne concordait aucunement avec les deux sources historiques incontournables, à savoir, le texte de la Réserve d’Ailleboust (1649) et la concession de Mathieu Huboust (1661).   

    L’autre élément de distraction concerne le fameux plan de Pierre-Louis Morin daté de 1640.  Ce plan qui serait plutôt évolutif (1650-1660), fut totalement discrédité en 1992, lors des fouilles touchant la construction de la chapelle dédiée à Mgr de Laval sous le transept sud la Basilique Notre_Dame de Québec. L’hypothèse de René Robitaille, touchant la cinquième fenêtre, est aujourd’hui écartée.  Ce plan de Morin,  constituait essentiellement une hypothèse de plus, visant à localiser la chapelle_ Champlain.

    Les trois seules sources historiques retenues par Lavoie (1999), nous amènent donc à situer la chapelle_Champlain en bordure ouest du fort des Hurons. Cette localisation rejoint finalement celles de Myrand (1898) et Baby-Casgrain (1909),  mais cette fois-ci avec beaucoup plus de précision grâce également, aux relevés d'arpentage de Paul Grimard (4) et au plan précis de Jean_Bourdon de 1660 (5)

    Cependant, il semble bien que le plan de 1660 ainsi que le texte de 1649  ne peuvent expliquer conjointement la configuration de la limite orientale de la réserve d'Ailleboust.  Mais où est ce segment nord-ouest?  Et si la limite orientale de la réserve comprenait un segment nord-ouest permettant de contourner la chapelle? Cette hypothèse a déjà été soulevée par Gauthier-Larouche en 1988 (6). Ce segment vers le nord-ouest devient presque invisible sur le plan de 1660.

                  

    D'autre part  la superficie du secteur identifié par Carl Lavoie (1999)  est relativement importante,  à savoir 45 pieds par 90 pieds dans le fort des Hurons.  Mais comment localiser la chapelle_Champlain avec plus de précision? Le plan de Bourdon de 1664 nous permettrait peut-être de répondre à cette question.   

     Sur le plan de 1664 de Jean Bourdon, on remarque que le Fort des Hurons a une autre configuration que celle du plan de 1660. Comment expliquer cette dernière modification? Je propose une hypothèse. On sait que le 5 février 1663, Québec est secoué par un vif tremblement de terre. Ainsi il se peut que les ruines de  la chapelle_Champlain  se seraient écroulées définitivement.  La disparition de la chapelle aurait créé une brèche dans le fort des Hurons. On reconstruit la palissade en contournant le terrain ainsi libéré. Cette hypothèse n'est pas absolue étant donné l'autre échancrure sur le coté est du fort des Hurons.

Source: Plan de Bourdon de 1664 (extrait)

    Lorsqu’on superpose non scientifiquement, les plans de 1660 et de 1664 sur le plan actuel de la ville de Québec, on peut émettre une hypothèse que la chapelle pourrait peut-être se situer près du magasin John Darlington sur la rue du Fort. Ainsi, sur le plan de 1660, la chapelle n’était pas visible étant donné que celle-ci était située dans le fort des Hurons.  Par contre, en 1664, la disparition complète de la chapelle_Champlain,  aurait peut-être modifié le tracé ouest du fort des Hurons.

 

                                    superpositionPlan_1664_detail_petit_2.jpg

Source: Niellon, Françoise, Pierre Nadon, Denis Faubert,  La recherche sur la sépulture de Samuel de Champlain: un examen critique, Québec, Division du Vieux-Québec et du patrimoine, 1990, superposition des planches 13, 14 et 15 (extraits)

 

             D’autre part, dans l’acte de 1649 de la Réserve d’Ailleboust, nous ne connaissons par la largeur du chemin entre la chapelle et la Réserve d’Ailleboust. Cette précision n’est pas anodine, car nous savons que la Réserve est contre la chapelle_Champlain, c'est-à-dire adossée.  En 1649, le fort des Hurons n’existait pas encore, donc cette borne n’est pas vérifiable. Si le chemin de 1649 (voir plan ci-dessous) s’avérait être plus étroit, la localisation de la chapelle empièterait davantage dans le quadrilatère derrière la rue du Fort actuelle.

                             conclusionLavoieContre.jpg.jpg

Source: Lavoie, Carl, Recherche multidisciplinaire sur la localisation du site de la chapelle_Champlain à Québec, 1999, Avec la participation de Paul Grimard, Georges Larouche et Maurice K. Séguin. Publié pour le mouvement Francité, Figure 5 (extrait)

 

Si les recherches de Silvio Dumas (1958) s'averraient être la découverte de la résidence des Jésuites  et  l'église Notre_Dame-de-Recouvrance, il est plausible que la chapelle_Champlain se trouverait relativement proche vers l'est dans le même secteur.

                                                   

Le magasin John Darlington, sur la rue du Fort,  localisation probable de la chapelle_Champlain selon M. Carl Lavoie et M. Georges Larouche .

 

 

Pierre Dubeau, Comité Champlain

 

 

Notes:  

(1) d'Avignon, Mathieu, Champlain et les historiens francophones du Québec : les figures du père et le mythe de la fondation, Québec, Thèse de doctorat en Histoire,  Université Laval, 2006, 480 p.

(2) Elle est chargée de recherche au Laboratoire d'anthropologie et d'histoire de l'institution de la culture (LAHIC)  du CNRS, à Carcassonne, France.

(3) Niellon, Françoise, Pierre Nadon, Denis Faubert,  La recherche sur la sépulture de Samuel de Champlain: un examen critique, Québec, Division du Vieux-Québec et du patrimoine, 1990, p 70 et 74

(4) Lavoie, Carl,  Recherche multidisciplinaire sur la localisation du site de la chapelle_Champlain à Québec, 1999. avec la participation de Paul Grimard, Georges Larouche et Maurice K. Séguin. Publié pour le mouvement Francité, 58 p.

(5) Vachon, André et al.  Rêves d'empire: le Canada avant 1700, Collection (Les Documents de notre histoire), Ottawa, Ministère des Approvisionnements et Services, 1982, p. 180

(6) Gauthier Larouche, Georges, Nouvelles précisions relatives au site de la chapelle Champlain, Québec, 1988, 21 p.

 

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